Je pourrais vous dire qu’aujourd’hui était un jour comme les autres.
C’est vrai en fait, Noel est passé, on s’est souhaité la bonne année, et on a tiré les rois.
Quoi de plus naturel en somme ? Ce n’est jamais qu’un éternel recommencement depuis près de 2000 ans.
Pas grand-chose de neuf sous le soleil.
Sauf que nous, on a décidé de faire du neuf avec Tonton Francky.
Le XC des collines de Carnoux c’est un peu le championnat du monde du tour de l’église. Une classique de début de saison, le mec qui va là-bas et qui installe un stand de frites fait fureur, ambiance petit matin blême du Nord, avec en général pluie, vent, neige si on est chanceux et une température qui frise les moins…… quelque chose de terrible, c’est le NOORRDDD.
Un avantage à ces frimas terribles c’est qu’au moins tu ne sens pas le doux fumé caca de ouaoua qui traine dans le coin par forte chaleur.
Je plante le décor ?
D’un côté un cimetière, au moins, si tu forces un peu trop, tu connais déjà tes voisins, de l’autre le départ du parcours et c’est là que ça pue justement, tu poses tes yeux en te demandant quand tu seras mort en quoi tu veux te faire réincarner. En tout, en tortue, en poisson rouge, en alligator, en baleine à bosse, mais surtout pas non surtout pas en clébard.
Je pense qu’une association humanitaire devrait sévir dans le coin en mettant des pancartes partout : ATTENTION terrain miné.
Donc, le froid nous sauve des odeurs. Un coureur qui s’est défoncé sur un parcours de XC pendant 1h30 ça pue, mais là c’est au-dessus du lot.
Pas facile d’être coureur d’élite international n’est-il pas ? Sur des courses de renommée internationales on finit par avoir des exigences dignes de ce nom.
Mais, donc, le XC des collines de Carnoux c’est un truc que tu ne rates pour rien au monde.
Tu sais que tu vas te geler, avec un peu de chance tu vas te mouiller et si vraiment t’as du bol, tu vas poser ton pied droit dans une bouse de clébard commac.
Mais ce n’est pas là l’essentiel, l’essentiel c’est qu’aujourd’hui, on a décidé de courir en tandem avec tonton Francky….
Vaste programme.
On se connait depuis….. 10 ans au moins, on s’engueule comme du poisson pourri quand il y a besoin, on se traite de gros à tour de bras et j’en passe.
Alors on fait comment pour arriver à faire 4 tours de XC, 36 km en tandem ?
Ben pour la gagne bien sûr.
T’en vois beaucoup des tandems sur les courses de XC ?
Non, c’est aussi rare que de rencontrer miss France en promenade dans les quartiers nord de Marseille, aussi rare que les baisses d’impôts et aussi rare qu’un menu de régime chez MacDO.
J’aurai même pu dire aussi rare que l’esplanade de départ du cross sans déjection canine mais ce serait chercher la petite bête.
Donc, c’est parti d’un pari un peu fou, un truc à la con comme on aime, de toute façon, je connais déjà le montant de l’addition : le cœur qui te pète de la cage thoracique au minimum.
Tellement sûr de lui, Francky est venu en vélo, si des fois je m’étais dégonflé et que je n’étais pas venu. C’est bien mal me connaître. Même si je me suis couché à 01h00 du matin après un repas chez des copains, je relève le défi.
Commence alors un balai dans le coffre de ma voiture qui s’intitule, vas y démonte rentre et pousse.
Il sort de là un tandem et le vélo de mon fils Antoine, rentre le vélo de Francky, c’est limite un ruby’s cube. Prends-le, ça ne rentrera jamais mais prends-le quand même.
On a 1h00 devant nous pour nous occuper des minots du club qui eux aussi courent.
Eux au moins ne se posent pas de question, ils grimpent sur le vélo, pédalent, font 3 tours à bloc et terminé basta retour à la maison.
Moi, je leur tire mon chapeau.
Mais revenons à nos moutons, c’est le moment de s’échauffer. Vas-y que l’on enfourche la bête et que l’on s’engage sur le parcours.
Qui dit échauffement dit montée en régime, alors pour le roquet derrière, ça a l’air de se passer comme il faut, de mon côté Tchernobyl ressemble à une tisane pour mémé à côté, ça ne respire pas, ça chauffe pas, bref, je commence à me dire que ce plan est peut-être un peu pourri mais bon, je me dis au fin fond de moi-même, on va se battre contre qui ?
Le speaker hyper célèbre des courses de renommée internationale nous voit passer et nous hèle super content de voir passer un équipage atypique :
Vous venez d’où : Gémenos œuf Corse.
Vous roulez souvent ? : Non, c’est notre lune de miel.
Vous avez des objectifs : et là, ce con de Francky annonce : Faire le scratch !!!
Non mais ALLO quoi, il a craqué son slip, il a trop humé le doux parfum du parking, son cerveau est embrumé par son petit tour en vélo de ce matin.
En même temps je me souviens d’une phrase d’un film qui disait : « le mensonge, plus c’est gros et mieux ça passe »
Alors c’était dans quel film ? Les 400 coups bien sûr, et là, on en est pas loin des 400 coups.
Et c’est là que la nouvelle est tombée. Tu sais les minots qui ont fini leur course depuis l’an pèbre, ils sont ravis d’arriver en courant en marchant dans les merdes de chien : « il y a un autre tandem, il y a un autre tandem !!!!
Nou on a rien dit, on a continué à faire tourner les jambes, tranquille, cherchant des yeux ce second vélo de dingue.
Et là, on a vu.
Devant, il fait 1.85m au moins, son âge ? Ben je dirais même pas 25….. Des cuisses taillées à la hache. Elle ? Ben c’est un peu pareil sauf qu’elle fait 1.70m et que je ne lui donne pas 20 ans.
ET là c’est engagé un combat de regard entre 2 rond points avec accélération entre les 2….
Et là tonton a dit la phrase que je ne voulais pas entendre : « il va y avoir de la compétition c’est bien ».
Départ dans 30 secondes. J’ai envie de pisser, mal au bide, j’irai bien me planquer sur un chiotte, mais pas de bol, c’est le désert de Gobi….
Et c’est parti…..
On était d’accord avec Francky, technique de vieux renard : On ne sent pas le cul qu’il disait l’autre dans le film Didier, mais nous on va coller leur dérailleur…..
Bon coller est un grand mot, vous n’auriez pas un élastique plutôt ?
On doit être 50 ou 60 en solo et 2 tandem, on envoie ce que l’on peut, enfin moi, du mal à me mettre dedans, faut passer les vitesses, piloter, freiner, tenir le guidon, éviter les uns et les autres, mais on ne s’en sort pas si mal, ils sont là devant à 50m, oui, un élastique de belle taille, mais on tient….
C’est marrant derrière dans les montées, j’ai le casque de Francky dans le cul et j’entends un bruit qui se veut entre le sanglier, le cochon, l’ours, je ne sais pas trop…. La gay pride pour nos amis les bêtes quoi.
Et moi devant ? comment est-ce que c’est ?
Ben j’ai le rupteur calé à 8500 tours, mes poumons se demandent s’ils ne sont pas mis à fumer, j’essaie une analyse de l’air ambiant pour savoir si dans le coin de Carnoux, ils n’auraient pas appauvri l’air en oxygène ce matin… Mais non, je pousse sur les jambes mais derrière ça pousse encore plus fort. Mon cochon, sanglier, ours, donne tout, je ne sais pas à quelle FC il est, mais spoutnik à côté c’est de la roupie de sansonnet.
Mais nos jeunes devant (j’ai appris que les tourtereaux étaient âgés de 17 et 18 ans) se retournent, enfin elle, parce qu’en tandem, devant t’as le temps de rien, tu lâches pas le guidon sinon tu t’en mets une, tu ne bois pas sinon tu t’en mets une, tu ne te grattes pas le nez sinon même résultat.
Donc, elle se retourne, souvent, mais ils prennent le large sur le plat, j’ai beau tout faire, je n’y suis pas, je sens que tonton derrière appuie comme un ours sur les pédales et que par la même occasion il m’entraine avec lui.
2 tours, ma montre GARMIN a déjà prévenu les secours pour dire que j’étais en hyperventilation, que la fin est proche, pour moi seulement, et a filé la position du cimetière comme point de chute, et que nos jeunes se sont faits la malle.
Mais les vieux ça s’organise…. On est plus fins sur les changements de vitesse, sur le plat, c’est la plaque ou rien, alors que, sur les 2 premiers tours, je me suis reposé en vélocité….
Et là, miracle dans le 3ème tour, dans ce petit raidar de merde ou ton cœur sort de ta poitrine, on est à 50m derrière eux. Elle se retourne, nous voit grapiller des mètres, ils basculent juste devant nous.
Derrière, j’entends mon animal de compagnie crier dans un borborisme : « on va se les faire ».
C’est sans compter le capteur du compteur qui décide, à ce moment-là, de toucher le rayon….
Arrêt obligatoire, remet le truc en place alors que l’on était sur la plaque, lancé et à fond.
54, c’est la vitesse maxi que j’ai. Imagine, 2 sur un vélo, à bloc et tu roules à 50 à l’heure.
Si satellisation il y a, elle va laisser des traces. On s’accroche, on attaque le 4ème tour à leur trousses et dans notre tête on se dit que sur la dernière montée …….. ça va le faire.
On a tout donné, on s’est battu. Mais les jeunes ont pour aux la jeunesse, on doit finir 30s derrière, les boules.
On était à fond tu crois ?
Ce n’est pas compliqué Francky a tapé du 185 de FC max et moi 183 et avec un FCmoy de 173 pour lui et 168 pour moi.
Ne rien lâcher jamais, on est tellement pétés en 2 que l’on arrive pas à descendre du vélo, j’ai l’impression d’avoir été esclave toute ma vie.
On a attendu le podium….. on était les bons derniers, il restait que le personnel de sécurité sur le parking et Jéjé….
La conclusion de tout cela ?
Elle ne vient pas de nous mais des jeunes : « vous allez en faire d’autres des courses ? »
On est resté très évasif….. mais ils n’ont pas fini de nous voir 😊 si vous voulez mon avis.
Ajouté le 14/01/2018 par Bertrand - 0 réaction


