Résumé Cross triathlon de Veynes

L’idée était osée, en même temps elle était naturelle.

 

Oui, quand tu as fait le triathlon de Bouzigues en trio et que le soir en rentrant tu lances

l’idée de dire et si le cross triathlon de Veynes on le faisait par équipe de 2 ?

Le grondement monte, les protagonistes, et peut être futurs participants hurlent au

complot, à l’escroquerie, on enfile des gilets jaunes à tout va, on se barricade, on prend

d’assaut les ronds points, on fait des barbecues permanents, on s’insurge contre le

gouvernement familial, on souhaite son renversement, des têtes vont tomber….. Mais

lesquelles ?

 

L’été et son mode de vie si particulier va passer par là. Puis, la maladie d’aoûlite va se

glisser sur les peaux et leur donner leur hâle cuivré si particulier.

La gronde retombe. Ben mince alors, j’ai fait une Macronite, et ben, ça marche. Ne rien

dire endort le peuple.

 

Fin juillet, je glisse un mot soudain pour les inscriptions du triathlon de Veynes en

format M que je ferai tout seul ou alors comme mentionné depuis le début en équipe.

En équipe, mais quelle équipe, youngtimers VS oldtimers, les jeunes contre les vieux

quoi, histoire de savoir si je suis pourri avec ma moitié ou si on tient encore la route.

Dès que j’évoque le sujet de l’inscription, remontent des images de ronds points envahis

par des gens mécontents hurlant au complot.

 

Alors, je vais utiliser le 49,3. Pas le choix, ce sera inscription obligatoire. Mon 1er

ministre Julien Di CIOCCIO ayant approuvé l’idée de ce mode de participation, je fais

valider le projet d’inscription.

 

Je vends de l’entrainement, je vends un parcours magnifique, une course à pieds

originale avec traversée de gués, des singles à vélo de folie et pas de l’autoroute à

triathlète.

 

Et comme tout bon gouvernement j’ai menti. Est ce que j’ai eu honte ? Pas le moins du

monde, je sais que le peuple quand il se retrousse les manches est capable de déplacer

des montagnes.

 

« Quand ça devient dur, alors ça devient intéressant » me dis je alors honteusement, j’ai

validé l’inscription pour le format M de l’épreuve.

1000m de natation, 23 kms de VTT et 8,5 kms de course à pieds.

J’ai fait l’inscription des 2 équipes, les « jeunes » et les « vieux », il ne manque plus que la

logistique, je me démène, trouve au camping du lac un lodge tout confort sans douche ni

WC. Oui, il ne faut quand même pas pousser, si en plus il faut loger en relais et châteaux,

on va finir par croire que le triathlon est un sport de riches…

 

Nous y voilà, à ce camping des rives du lac, un endroit chouette, vraiment, un coin qui

doit être bien pour y faire du vélo, en même temps c’est un peu pour cela que l’on est là,

un lac bien avec des petits galets qui ne font pas mal au pieds, ça change, et des chemins

pour courir, mais ça, je m’en cogne, ce n’est pas moi qui court à pinces.

Le retrait des dossards ?

 

Un mot me vient à l’esprit : familial, la patron du camping est aussi le patron de

l’épreuve, et il fait aussi bien la réception du camping que les remises de dossards.

Balaise le garçon, mais surtout sympa.

 

Je ne vais pas me cacher, j’ai la pression, j’aimerais bien mettre une mine aux jeunes,

histoires de savoir si je ne suis pas pourri, et en même temps, la logique voudrait que les

jeunes nous collent une claque mémorable.

Pourquoi ?

 

Parce que ma fille Justine tient de sa mère, disons qu’elle râle d’abord, elle rougne, elle

roumègue, elle s’insurge, mais quand elle est partie, une volonté infaillible lui fait

déplacer des montagnes, elle ira au bout de sa vie, mais elle y arrivera.

Elle a nagé en club, donc….. elle nage bien, comparé à moi qui nage avec les oreilles.

Quand à son coéquipier, mieux vaut le voir habillé que torse nu….. Alors habillé, cela

donne claquette chaussettes, pas besoin d’aller plus loin, c’est style sguegue-fly, sauf

quand il sort, alors là, ça brille autant qu’un miroir de bordel, mais à la maison, il porte la

savate de piscine ARENA comme personne. Celle là même que portent les maîtres

nageurs sur le bord du bassin, mais sans chaussettes, ou tous les « claquettes –

chaussettes » de la téci.

 

Mais, torse nu et en maillot, caramba, ça pique les yeux, j’ai mal à mon IMC, ce n’est pas

un muscle, c’est un tas de gros muscles. Et le tout ensemble me fait peur.

Alors pour me remonter le moral, je prends ma pompe à pied et je fais la pression des

pneus. Et la première erreur vient de là….

 

Comme pour tous les départs de triathlon, le stress va crescendo, les affaires sont posées

comme si j’allais faire une transplantation cardiaque dans les trois heures à venir.

Chaussures ? Chaussures. Chausse pied ? Chausse pied. Talc ? Talc. Lunettes ? Lunettes.

Tout est passé en revue, mis, remis, déplacé, replacé, dérangé, rangé.

Et puis à la fin de la course, ce sera un capharnaüm incommensurable (j’écris bien hein,

les mots justes pour un résumé ad hoc) ou un joli bordel ambulant.

Elle est là ? Oui elle est là, depuis vingt ans, elle m’accompagne, et là, on va se battre

contre nos propres enfants.

 

Ma fille est derrière moi, le starter est prêt, je luis répète : « nage à ta main, mais garde à

l’esprit que tu dois accélérer, ralentir jamais. »

« Oui papa » est sa réponse, je l’embrasse, la serre contre moi, mon petit coeur se crispe.

Elle, elle est morte de trouille mais je sais qu’elle ira au bout.

PAN !

 

Je cours droit devant moi et me jette à l’eau, lançant un bras devant l’autre, et je sens de

suite que ça ne va pas, la ventilation n’est pas bonne, je nage en 2 temps mais pétarade

comme un vieux diesel qui a la vignette CRITAIR 5.

 

Le 1er tour, je le nage sans plaisir, sortie à l’Australienne et c’est reparti pour un second

tour. En passant, j’entends juste Cécile me crier « elle est à ton cul ».

Amouk amouk, Je me décide à respirer comme il faut pour ce second tour.

Je sors de l’eau avec quelque chose comme 1,5 minutes d’avance.

C’est dingue cette sensation non ?

Certains se roulent et fument des trucs pour avoir la tête qui tourne alors que nager

1000m courir et essayer d’enlever une combinaison suffit.

La tête me tourne, j’enfile tout un peu en vrac et je saute sur le vélo, direction devant et

gaz en grand.

 

Un tour de lac, tout à droite, les cuisses font le job, mais la respiration tarde à venir.

Et puis il est là, devant moi, non pas mon fils, le premier mur.

Il l’avait dit au briefing, ça va monter ferme. Tu parles, les montagnards des Hautes

Alpes, pour eux, c’est une petite côte. Je grimpe le truc sur la selle à la force des mollets.

Et puis c’est là que j’ai entendu.

Je n’ai pas eu besoin de me retourner, je savais que le grand méchant loup était là, juste

derrière moi, j’ai reconnu son souffle.

Il s’est accroché dans la montée à mon dérailleur et puis vers le haut a basculé juste

devant moi.

 

MEEERRRDDDEEE est le premier mot qui est sorti de ma bouche.

Et puis le second : « connard ! »

 

Mais il a fait le job, et je suis fier qu’il m’ait passé comme ça, à la loyale, sans dire un mot.

Là haut quand ça bascule, je le vois, je l’ai en ligne de mire. J’enquille, un gus s’est foutu

entre nous, mais il roule comme une chèvre. Du caviar, je vais rester accroché à son

dérailleur, le fatiguer et la course à pied il va péter.

Il double le gus de devant qui manque de s’en mettre une, pendant que je double une

concurrente.

J’arrive au cul du mec et lui dit « à droite ou à gauche »

 

Je sens que ce n’est pas l’envie de se pousser qui le taraude, non, il joue au con.

Alors, je crie « à droite » et m’engage dans un trou large ou je pouvais passer dix fois

dans un devers furieux.

 

Et ce bachibouzouk, ce pachyderme, cet iconoclaste, bref, ce trou de balle serre à droite

volontairement. J’apprendrais après qu’il a essayé de noyer ma fille en nageant dessus.

Je file le coup de guidon pour éviter de me l’emplâtrer, roule sur une pavasse et là, je me

suis couché.

En me couchant, je me dis : pourvu que je ne casse rien.

A peine ai je fini de penser que j’entends un grand boum.

 

Le grand boum, c’est le casque qui vient de frapper violement un cailloux qui se trouvait

par là.

 

Réflexe n°1 : je me tâte la tête parce que je sens bien qu’il s’est passé un truc. D’ailleurs

je ne suis pas dans mon assiette, mais plutôt dans l’assiette de la voisine qui n’est autre

que la concurrente que j’ai doublé une minute avant.

Penchée en avant sur moi, elle me demande si ça va ?

 

L’esprit brouillé, j’ouvre les yeux, qui sont dans son décolleté, je n’ai pas perdu la vue,

c’est déjà ça. Rassurant n’est il pas ?

Elle se penche un peu plus pour me dire : « je regarde votre dos, c’est salement amoché »

Son décolleté est plus proche de mes yeux, et son doux parfum de néoprène, sueur me

vient dans les naseaux. C’est bon ça, je n’ai pas perdu l’odorat.

Bon, il suffit, je fais le compte du matériel, rien ne manque à l’appel sauf l’embout d

guidon qui a décidé de prendre des vacances.

 

Je remonte sur le vélo, et j’enquille. Les nerfs font le reste, ha le con, ha le déloyal, ha le

salopard, si je te rattrape je te fais manger toutes les dents du pédalier.

Allo Houston, le genou droit vous signale que ça gonfle sur la rotule.

Houston, on a également un écoulement chaud et rouge au niveau de la chaussette

droite.

 

Foutu, c’est foutu me dis je, je ne rattraperai pas mon fils.

Foutu, mais pas abattu, il reste une jambe et pédaler sur une jambe je sais faire. Donc

soit. T’occupes pas de la marque du vélo, roule.

 

Et là j’ai compris que j’avais la pression. Oui, j’avais trop de pression dans mon pneu

avant, et sur un terrain sec comme une feuille de relance des impôts, ça ne pardonne

pas.

Il restait 17 bornes à enquiller pour finir, et passer le relais à Cécile qui a fait le job de

manière exemplaire. A fond quoi. 8,5 kms de course à pied avec de la varappe au milieu,

un truc de dingue, du jamais vu, de l’inédit.

Ils ont gagné ? Oui, et de belle manière.

 

On recommence quand ?

Parce que les jeunes ont pas mégoté, ils grimpent sur le podium…. Et font second des

relais en duo mixte.

Nous, un peu moins bien, on les regarde d’en bas…. De la 4ème place



Ajouté le 02/09/2019 par Bertrand - 0 réaction

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